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Veille scientifique internationale

CANCER : un régime riche en graisses accélère la croissance tumorale

Et si, dans le cancer du sein triple négatif, ce n’était pas le sucre mais les lipides qui nourrissaient le plus l’agressivité tumorale ?

•Publié par le Conseil Scientifique du CERDEN®•5 min de lecture

En bref

  • Les auteurs ont développé un modèle biomimétique innovant reposant sur des tumeurs artificielles tridimensionnelles génétiquement identiques, cultivées dans des milieux reproduisant fidèlement la composition biochimique du plasma sanguin de patientes soumises à différents profils nutritionnels.
  • Les lipides alimentaires exercent un effet prépondérant sur la biologie tumorale.
  • Un environnement riche en acides gras favorise significativement la prolifération cellulaire, l’invasion et la capacité de dissémination des cellules tumorales, effets nettement plus marqués que ceux observés avec des milieux enrichis en glucose, en insuline ou en corps cétoniques.
  • Les chercheurs observent une augmentation de l’expression de la métalloprotéinase matricielle MMP1 dans les conditions riches en graisses.

Et si, dans le cancer du sein triple négatif, ce n’était pas le sucre mais les lipides qui nourrissaient le plus l’agressivité tumorale ? Cette étude expérimentale conduite par une équipe de l’Université de Princeton et publiée dans APL Bioengineering explore de manière approfondie l’influence des macronutriments sur la progression tumorale dans le cancer du sein triple négatif (CSTN), un sous-type caractérisé par son agressivité et l’absence de cibles thérapeutiques hormonales ou HER2. Les travaux antérieurs sur le lien entre alimentation et cancer présentent des limites importantes, notamment en raison de modèles in vitro utilisant des milieux de culture non physiologiques, souvent excessivement riches en glucose et ne reproduisant ni la complexité des interactions systémiques (immunité, microbiote, métabolisme tissulaire), ni le flux dynamique de nutriments observé in vivo via le liquide interstitiel.

Pour surmonter ces limites, les auteurs ont développé un modèle biomimétique innovant reposant sur des tumeurs artificielles tridimensionnelles génétiquement identiques, cultivées dans des milieux reproduisant fidèlement la composition biochimique du plasma sanguin de patientes soumises à différents profils nutritionnels. Cette approche permet de dissocier les effets spécifiques de plusieurs substrats énergétiques (glucose, insuline, corps cétoniques, lipides) tout en intégrant une dimension dynamique du microenvironnement tumoral.

L’analyse comparative révèle que les lipides alimentaires exercent un effet prépondérant sur la biologie tumorale. En particulier, un environnement riche en acides gras favorise significativement la prolifération cellulaire, l’invasion et la capacité de dissémination des cellules tumorales, effets nettement plus marqués que ceux observés avec des milieux enrichis en glucose, en insuline ou en corps cétoniques. Ces résultats suggèrent que, dans ce contexte, la disponibilité lipidique constitue un déterminant majeur de la reprogrammation métabolique des cellules cancéreuses.

Sur le plan mécanistique, les chercheurs observent une augmentation de l’expression de la métalloprotéinase matricielle MMP1 dans les conditions riches en graisses. Cette enzyme joue un rôle clé dans la dégradation de la matrice extracellulaire, facilitant ainsi l’invasion tumorale et la formation de métastases. Son élévation est classiquement associée à un pronostic clinique défavorable, renforçant la pertinence biologique des observations.

De manière importante, l’étude montre également que le comportement des cellules tumorales dépend fortement de la composition du milieu extracellulaire : cultivées dans des conditions proches de celles du plasma humain, elles présentent des réponses métaboliques et invasives différentes de celles observées dans les milieux standards, soulignant la nécessité de modèles expérimentaux plus physiologiquement pertinents pour l’étude des interactions nutrition–cancer.

Enfin, ces travaux ouvrent des perspectives translationnelles significatives. Ils suggèrent que les interventions nutritionnelles pourraient moduler la progression tumorale et potentiellement interagir avec l’efficacité des traitements anticancéreux. Les auteurs envisagent ainsi d’explorer l’impact de différents régimes alimentaires en combinaison avec des thérapies ciblées ou chimiothérapiques, dans l’objectif de formuler des recommandations diététiques personnalisées pour les patientes atteintes de CSTN.

Référence

APL Bioengineering 3 March, 2026 DOI:10.1063/5.0291646 Fat promotes growth and invasion in a 3D microfluidic tumor model of triple-negative breast cancer

Abstract rédigé par Willy Vandenschrick, Diététicien-nutritionniste et Nutrithérapeute certifié Cerden®, Conseil Scientifique du CERDEN®.

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